Pourquoi abandonnez-vous toujours vos romans en cours d’écriture ?

Le début était parfait. Vous connaissiez le prénom du héros, son traumatisme, son signe astrologique et probablement ce qu’il commandait au café. Vous avez écrit quatre chapitres en deux jours. Puis quelque chose s’est produit : une nouvelle idée est arrivée.

Une idée meilleure. Plus originale. Sans les problèmes agaçants de votre roman actuel — principalement parce que vous ne l’avez pas encore écrite.

Si ce scénario vous est familier, vous ne manquez pas nécessairement de discipline. Vous êtes peut-être simplement arrivé au moment où écrire cesse d’être une découverte permanente et devient une suite de décisions.

L’euphorie du début ne dure pas

Au commencement, tout est possible. Les scènes sont encore parfaites dans votre tête et aucune incohérence ne vous demande pourquoi le meurtrier se trouvait simultanément à Paris et Marseille.

Puis le roman prend une forme réelle. Il faut choisir une direction, renoncer à certaines possibilités et résoudre les problèmes créés cinquante pages plus tôt. Cette perte d’enthousiasme n’est pas la preuve que l’idée était mauvaise. C’est souvent le passage normal entre le fantasme du livre et sa construction.

N’attendez donc pas de ressentir chaque jour l’excitation du chapitre un. La motivation lance le projet ; les habitudes le terminent.

Vous recommencez pour éviter d’avancer

Réécrire les premiers chapitres donne une impression de travail. Pourtant, cela peut devenir une forme de fuite. Les pages connues sont rassurantes ; le prochain chapitre exige de prendre des risques.

Pendant le premier jet, autorisez-vous seulement des corrections indispensables à la compréhension. Notez le reste dans un document intitulé « À corriger plus tard ». Oui, même cette phrase affreuse. Elle survivra quelques semaines sans déclencher d’enquête internationale.

Votre milieu manque de direction

Beaucoup d’auteurs connaissent le début et la fin, mais entre les deux se trouve une vaste zone appelée « des choses arrivent ».

Pour éviter ce brouillard, identifiez quatre repères :

  • l’événement qui empêche le protagoniste de revenir à sa vie normale ;
  • une première victoire qui crée un nouveau problème ;
  • une révélation qui change sa compréhension de la situation ;
  • une décision irréversible qui mène à la fin.

Vous n’avez pas besoin de planifier chaque tasse de café. Vous avez seulement besoin de savoir vers quelle prochaine conséquence vous écrivez.

La nouvelle idée paraît toujours plus brillante

Une idée neuve n’a encore ni longueurs ni contradictions. Comparez-la honnêtement à votre roman actuel : celui-ci vous semble difficile parce que vous connaissez désormais ses défauts.

Notez toute nouvelle idée dans un « parking à romans », puis imposez-vous trente jours avant de décider de changer de projet. La plupart des urgences créatives perdent curieusement de leur urgence lorsqu’on cesse de les nourrir.

Votre objectif est trop impressionnant

« Écrire un roman » est une montagne. « Écrire la dispute dans la cuisine » est une tâche.

Remplacez l’objectif final par une cible courte et contrôlable : trois cents mots, vingt minutes ou une scène. À la fin de chaque séance, écrivez une phrase indiquant ce qui doit arriver ensuite. Vous éviterez ainsi de revenir devant une page vide sans savoir par où reprendre.

La méthode pour enfin terminer

  1. Choisissez un seul projet pour les huit prochaines semaines.
  2. Résumez sa fin en trois phrases, même si elle changera.
  3. Fixez un minimum ridiculement atteignable.
  4. Interdisez la réécriture complète avant la fin du premier jet.
  5. Tenez une liste des problèmes sans les résoudre immédiatement.
  6. Quand vous bloquez, écrivez la version la plus simple de la scène.

Terminer un premier jet ne signifie pas produire immédiatement un bon roman. Cela signifie obtenir la matière avec laquelle vous pourrez réellement travailler.

Votre manuscrit imparfait pourra être corrigé. Votre roman idéal resté dans votre tête, lui, résiste très mal à la publication.

Pour aller plus loin : les guides Plumenoire consacrés à l’intrigue et à la structure vous aident à transformer une idée enthousiasmante en histoire que vous pouvez véritablement terminer.

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